La Grande Union de 1918 et la Grande Roumanie
L’année 1918 vit l’accomplissement de l’idéal d’unité nationale. L’effondrement des grands empires – russe, austro-hongrois, allemand et ottoman – et le principe de l’autodétermination des peuples, proclamé par le président américain Woodrow Wilson, créèrent les conditions de l’union de tous les Roumains. Des mouvements de libération se déclenchèrent dans chaque province historique : en Bessarabie, en Bucovine et en Transylvanie. Chacune de ces décisions fut prise par les représentants élus de la population, réunis en assemblées qui exprimèrent le désir de s’unir à la Roumanie.
La Bessarabie fit le premier pas. Après la révolution russe, la République démocratique moldave y fut proclamée en décembre 1917. Le Sfatul Țării, l’assemblée représentative de Chișinău, vota le 27 mars/9 avril 1918 l’union avec la Roumanie, par 86 voix pour, 3 contre et 36 abstentions. L’union fut d’abord subordonnée à des réformes agraires et à l’autonomie, conditions que le Sfatul Țării supprima en novembre 1918. Cette décision fut un acte de courage, face à une forte pression militaire des bolcheviks.
La Bucovine fit le deuxième pas. Le 28 novembre 1918, le Congrès général de Bucovine, réuni à Cernăuți sous la présidence d’Iancu Flondor, vota l’union inconditionnelle et à jamais de la Bucovine, dans ses anciennes frontières, avec le royaume de Roumanie. La décision fut prise après l’entrée de l’armée roumaine dans la ville, afin d’empêcher son occupation par les Ukrainiens. L’union de la province, qui était sous domination autrichienne depuis 1775, fut reconnue ensuite par le traité de Saint-Germain, du 10 septembre 1919. La décision fut accueillie avec enthousiasme par la population roumaine de la province.
La plus grande assemblée fut celle d’Alba Iulia, le 1er décembre 1918. S’y réunirent 1 228 délégués élus dans toutes les régions de Transylvanie, du Banat, de la Crișana et du Maramureș, en présence de plus de 100 000 personnes venues de tous les coins du pays. La Résolution de l’Union, lue par l’évêque gréco-catholique Iuliu Hossu, proclama « l’union de ces Roumains et de tous les territoires qu’ils habitent avec la Roumanie ». Vasile Goldiș présida l’assemblée. Les décisions furent acceptées par le roi Ferdinand par un décret du 11 décembre 1918.
L’union fut reconnue internationalement par les traités de paix : Saint-Germain (1919) pour la Bucovine, Neuilly (1919), Trianon (4 juin 1920) pour la Transylvanie, le Banat, la Crișana et le Maramureș, et le traité de Paris (1920) pour la Bessarabie, ce dernier n’ayant pas été ratifié par le Japon. La Roumanie atteignit une superficie d’environ 295 000 km² et une population de plus de 18 millions d’habitants, presque le double de celle de 1914. Le 15 octobre 1922, à Alba Iulia, le roi Ferdinand et la reine Marie furent couronnés souverains de la Grande Roumanie, dans la cathédrale du Couronnement.