La fondation de la Valachie : Basarab Ier et la bataille de Posada
La Valachie, appelée aussi Munténie, apparut comme État unitaire au début du XIVe siècle, par l’union des formations politiques situées entre les Carpates et le Danube. Le processus se déroula sous la conduite d’un voïvode de la famille des Basarab, Basarab Ier, attesté dans les documents entre 1310 et 1352 environ. L’origine de son nom est débattue : certains soutiennent qu’il vient du couman (Basar-aba, « le père souverain »), d’autres y voient un nom roumain. Ses premières résidences furent Câmpulung et Curtea de Argeș, dans la zone sous-carpatique.
Basarab Ier fut d’abord vassal du roi de Hongrie, Charles Robert d’Anjou, mais il chercha à renforcer son autonomie. Le conflit éclata lorsque Basarab occupa le banat de Severin, une région tenue par la couronne hongroise. En 1330, Charles Robert lança une campagne contre lui, prétendant vouloir châtier « le Valaque schismatique ». Le roi s’empara de la forteresse de Severin et tenta de regagner la Transylvanie, ce qui donna lieu à un épisode devenu célèbre dans l’histoire des Roumains : la victoire de Basarab dans les défilés des Carpates.
La bataille de Posada se déroula du 9 au 12 novembre 1330, dans une zone montagneuse dont la localisation exacte est encore discutée, probablement près de Curtea de Argeș ou dans le défilé du Jiu. L’armée hongroise, épuisée et à court de vivres, fut prise dans un étroit passage. Les Roumains attaquèrent depuis les hauteurs, lançant flèches et pierres. Le roi ne s’échappa qu’en échangeant ses vêtements contre ceux d’un soldat, comme le rapporte la Chronique enluminée de Vienne. La victoire assura l’indépendance de la Valachie face à la royauté hongroise.
Le fils de Basarab, Nicolas Alexandre (1352–1364), consolida l’État et fonda la métropole de Hongro-Valachie, reconnue par le patriarcat de Constantinople en 1359. Cet événement conféra à la Valachie une légitimité ecclésiastique, selon le rite orthodoxe. Lui succédèrent Vladislav Vlaicu (1364–1377), qui fit frapper monnaie et se proclama « grand voïvode et seigneur de l’Hongro-Valachie », puis Radu Ier (1377–1383). Sous les règnes de Dan Ier et de Mircea l’Ancien, l’État atteignit un haut niveau d’organisation, avec un appareil administratif dirigé par les grands boyards.
Les institutions de l’État prirent forme à cette époque : le prince, au pouvoir presque absolu, était assisté du Conseil princier, composé de boyards investis de charges telles que celles de logothète, de grand vornic, de trésorier ou de grand porte-épée. La capitale fut successivement transférée de Câmpulung à Curtea de Argeș, puis à Târgoviște et, plus tard, à Bucarest. La Valachie fut un État-frontière, un tampon entre le royaume de Hongrie et l’Empire ottoman en pleine ascension. La victoire de Posada reste dans la mémoire collective le symbole de l’affirmation de l’État roumain face à une puissance à son apogée.